Histoire : Et si....

Écrite par Gini le 11 octobre 2008 (1277 mots)

Dernière édition le 09 novembre 2008

Les portes en chêne, lourdes et massives, d’une modeste chapelle datant d’une époque révolue s’ouvrirent à la volée sous de multiples applaudissements et sourires.

- Vive les mariés ! hurlèrent les convives en chœur tandis qu’un couple apparaissait sur le porche de l’église.

Nous étions en plein été et le soleil illuminait le ciel couleur azur. Ce mois de juin avait été choisi pour unir le destin de deux êtres éperdument amoureux l’un de l’autre depuis près de quatre ans. Quatre ans de pur bonheur qu’ils venaient d’officialiser en ce début d’après-midi. Bien entendu, ils auraient pu déjà s’unir bien avant mais la société dans laquelle ils vivaient les en avait empêché jusque-là. L’oppression était devenue le mot d’ordre depuis deux années et un intense combat s’était établi entre ceux qui acceptaient et ceux qui refusaient un tel totalitarisme. Malheureusement, ceux qui s’opposaient était dès lors considérés comme des opposants au régime politique et donc devenaient des dangers pour la société et le bien être du peuple. C’est ainsi qu’émergèrent des petits groupes dissidents qui obéissaient qu’à une seule règle : la paix quoiqu’il en coûte...Car c’était bien à cela qu’ils étaient réduits. Traqués, ils n’avaient comme réponse les armes. Néanmoins, le groupe initial avait établi comme règle que les armes ne devaient être employées quand cas de stricte nécessité, « pour ne pas devenir comme eux » avait dit l’un des chefs. Mais très vite, des débordements eurent lieu et la réplique ne se fit pas attendre. La réponse fut rapide et disproportionnée. Mais telle était la réalité actuelle. Désobéir, c’est mourir. J’en fais parti. Je suis à la base de ce mouvement protestataire. Car après tout, si nous vivons actuellement dans ces conditions, c’est ma faute. Nous ne sommes cinq à le savoir car nous sommes les cinq responsables de ce désastre. Depuis ce fameux jour où le monde a basculé, nous nous sommes jurés de tout faire pour rétablir la justice et la vérité. Malheureusement, au bout de ces deux années, nous avons beaucoup perdu. Et aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux. J’ignore ce que sont devenus les trois autres. J’espère qu’ils vont bien. Je ne peux que vivre avec cet espoir. L’espoir de se retrouver et de vaincre à nouveau. Il ne se passe pas une journée sans que je cherche à les retrouver. Mais deux années se sont écoulées depuis...















La jeune mariée tenait le bas de sa robe de sa main droite tandis que la main gauche détenant le bouquet s’élevait dans les airs pour faire signe à une personne de l’autre côté de l’allée. Elle souriait et resplendissait. Son époux, qui était à ses côtés, rayonnait aussi de bonheur. Il serrait la main de proches venus le féliciter. Dans un costume noir très sexy, le jeune homme remerciait les invités de leur présence tandis que la jeune femme courait vers le nouvel arrivant, le bouquet à la main. Elle lui sourit tendrement et le prit dans ses bras en l’embrassant sur la joue :
- Tu es venu...fit-elle, les yeux luisants, sourire aux lèvres.
- Tu es...tellement belle...fit ce dernier.
Il la détailla du regard. Elle était vêtue d’une robe d’un blanc cassé qui lui arrivait jusqu’aux pieds. Le haut de sa robe était constitué d’un bustier orné de dentelles noires qui s’allongeait en bandeau sur la poitrine. Ses cheveux ondulés, étaient retenus avec des perles et quelques mèches retombaient ci et là. Un léger maquillage rehaussait son teint pâle de nature et l’embellissait plus encore. Le jeune homme qui lui faisait face portait lui aussi un smoking mais la cravate légèrement défaite et la chemise déboutonnée en haut le rendait encore plus irrésistible. Elle passa sa main dans ses cheveux ébouriffés et le regarda d’un air tendre :
- Tu n’as pas changé ...
- Toi non plus, soeurette.
- Quelle surprise ! fit une troisième voix, masculine.
Il détourna son regard sur la troisième personne qui s’invita à la conversation. Il lui sourit poliment et lui serra la main. Hiroki félicita les jeunes mariés. Cela faisait plusieurs mois que Yumi ne l’avait pas vu. Avec ce qui se passait, on ne pouvait plus circuler librement. Encore moins quand on était considéré comme des « résistants ». Quand le jeune homme avait appris le mariage, il s’attendait à quelqu’un d’autre dans le rôle du mari. Quelqu’un qui avait beaucoup compté pour Yumi. Il voulut lui poser la question mais se ravisa quand il vit le sourire sur le visage illuminé de sa grande sœur. Cela faisait bien longtemps qu’il ne l’avait plus vue ainsi.

Même s’il n’y avait qu’une dizaine de personnes, la réception se déroulait à merveille. Après avoir discuté de tout et de rien avec son frère, Yumi le laissa en charmante compagnie pour aller se rafraîchir tant la chaleur lui était pesante. La japonaise se dirigea vers l’annexe de la chapelle où elle s’était préparée afin de prendre un peu d’eau. De la fenêtre, elle voyait son époux rire aux éclats, sans doute d’une blague d’Hiroki. Yumi sourit devant une telle entente même si elle regrettait que certaines personnes ne soient pas présentes. La japonaise les cherchait depuis deux ans. Mais aucun indice ne lui avait permis jusque là d’avoir une piste concrète. Elle ignorait s’ils étaient vivants ou non. Yumi espérait que oui même si elle savait que cet espoir s’amenuisait de jour en jour. Mais elle n’était pas seule. Non. Elle ne l’était plus.

Yumi fut sortie de ses pensées quand elle entendit des cris à l’extérieur et des tirs. Son sang se glaça et elle chercha automatiquement après son époux. La jeune femme se précipita vers l’extérieur et ce qu’elle vit la glaça du plus profond de son être. Les gardes armées au service de ce régime totalitaire étaient là, tenant les invités en prisonniers et s’apprêtant à les abattre de leurs armes automatiques. Yumi voulut hurler mais une main l’en empêcha et la jeune femme se sentit partir en arrière, une main lui ayant attrapé le bras.
- Ne dis rien. Il ne faut pas qu’il nous entende. Lui murmura la voix.
Yumi se retourna et reconnut son époux. Elle fut soulagée de le voir auprès d’elle mais se rendit compte que son frère était resté parmi les invités.
- Mais...fit-elle.
- Ton frère s’en sortira, comme à son habitude...Il faut impérativement mettre Tia à l’abri. Fit l’homme.
- Mais où ? Lui demanda-t’elle, à bout de souffle.
Il allait lui répondre quand ils entendirent des cris dans la cour. Yumi sentit sa main se serrer contre celle de son bien aimé et tous deux s’enfoncèrent le plus loin possible dans l’église.